Filière instrumentale française : le pari de la transmission des savoir-faire

Comme d’autres secteurs de métiers d’art, la filière instrumentale française a compris depuis longtemps que la transmission et le développement de savoir-faire rares se traduisent par l’existence de centres de formation performants et agissant en étroite relation avec la profession et les pouvoirs publics. En France, le dispositif de formation est particulièrement développé. Avec trois écoles à recrutement national préparant à quinze diplômes et spécialités, la France possède la plus importante offre de formation au monde. Ces écoles, véritables bras armés de la profession, accueillent chaque année des jeunes venus de France et d’ailleurs. Présentation du dispositif de formation français.
 Former les générations futures
Assurer la préservation et la transmission des savoir-faire
En France, l’offre de formation s’articule autour de trois centres principaux, issus de la volonté d’une ou de plusieurs associations représentatives de garantir la transmission d’un patrimoine technique unique aux générations futures. Ces lieux, créés à l’initiative des artisans, pour les artisans ont pour but de structurer un secteur autour de la formation de ses futurs professionnels, de transmettre les savoir-faire, ne pas perdre la mémoire et les gestes des anciens. Ils sont également des lieux d’expérimentation et d’adaptation des technologies nouvelles à des métiers ancestraux. L’École nationale de lutherie de Mirecourt, l’Institut technologique européen des métiers de la musique et le Centre national de formation d’apprentis facteurs d’orgues d’Eschau en sont les héritiers et perpétuent les gestes de la facture instrumentale française et adaptent les techniques aux réalités du monde actuel.
Cette mission de formation est placée sous le double contrôle de la profession et du ministère de l’Éducation nationale, avec le soutien des ministères en charge de la Culture et de l’Artisanat. La filière instrumentale joue ici un rôle essentiel en animant la réflexion sur les diplômes et le contenu pédagogique des formations, en assurant de la transmission auprès des jeunes (maîtres d’apprentissage, formateurs techniques, maîtres de stages), en intervenant dans la vie des écoles… Les centres de formation garantissent la mise en place opérationnelle des formations, dans le respect des référentiels établis collectivement et préparent les jeunes aux épreuves nationales.
Dans le contexte mondialisé actuel et compte tenu de « l’exception » française en matière de formation, des jeunes du monde entier se tournent vers ces écoles pour apprendre un métier de passion.
Adapter les formations aux contraintes du secteur
Les diplômes préparés sont le reflet de la diversité des métiers : fabrication, réparation, accord, commercialisation, l’ensemble des facettes des entreprises sont abordées en tenant compte des spécificités des familles instrumentales.
Dans un contexte en perpétuelle évolution, le secteur de la facture instrumentale est loin d’être figé. Lié au marché, à la nécessaire adaptation des outils et des personnes, la formation connaît une remise en question constante impulsée par la réflexion des professionnels eux-mêmes. En témoigne la réforme de la filière instrumentale pour les secteurs du piano, des instruments à vent, de la guitare et de l’accordéon pendant ces dix dernières années avec un positionnement affirmé sur la maintenance dans le cadre du CAP et une montée progressive vers des compétences plus techniques et artisanales dans celui du Brevet des métiers d’art. Un Diplôme des métiers d’art viendra bientôt compléter ce dispositif, l’Éducation nationale, à la demande des associations professionnelles, ayant autorisé sa création.
 Formation continue, enjeu d’aujourd’hui et de demain
Intégrée progressivement dans la logique de développement des entreprises, la formation professionnelle continue prend une dimension nouvelle depuis ces dernières années. Jusque-là principalement orientée sur une dimension technique, elle intègre aujourd’hui de nouvelles facettes du métier, attestant ainsi de l’évolution du secteur. Plusieurs exemples viennent étayer ce constat.
Une prise en compte de nouvelles thématiques
Dans un cadre artisanal d’abord, la prise en compte de la dimension environnementale, découlant de la raréfaction de certains bois, est aujourd’hui une réalité. Depuis 2001, des luthiers et archetiers se forment ainsi à la compréhension des propriétés physiques et acoustiques des bois, en vue de diversifier leurs matières d’œuvre. Cette réflexion à la base théorique, accompagnée par le Pôle national d’innovation des métiers de la musique et des laboratoires de recherche en acoustique musicale et sciences du bois notamment, débouche aujourd’hui sur des projets concrets, dans le cadre du développement de dispositifs de mesures et de caractérisations utilisables en ateliers de lutherie.
Dans un cadre plus commercial ensuite, la notion de service et de relation clientèle deviennent des préoccupations plus constantes, face notamment au développement du commerce en ligne. La demande se porte ainsi à la fois sur un renforcement de la compétence commerciale des techniciens, mais aussi sur un approfondissement des connaissances techniques des personnels commerciaux. Cette volonté de créer une relation privilégiée avec le client, véritable valeur ajoutée pour installer une relation de confiance dans la durée – et par nature inexistante dans le cadre d’Internet, devient aujourd’hui un challenge à relever. En découle naturellement un intérêt grandissant pour des éléments parfois jusque-là négligés ou ignorés tels que la communication, la mise en ligne de sites Internet pouvant être de simples vitrines de leurs activités ou des sites à caractère marchand, la connaissance de langues étrangères…
Une approche collective
Autre originalité, la formation continue prend une dimension plus collective. Si les associations professionnelles proposent depuis longtemps des stages de formation pour leurs adhérents dans le cadre par exemple de leurs congrès, la démarche de formation est restée pendant longtemps individuelle. Depuis quelques années, les associations deviennent force de proposition et engagent des démarches novatrices, plus complètes et ouvertes à l’ensemble des professionnels du secteur, adhérents ou non. En témoignent les stages organisés par Europiano France sur la maintenance, l’accord et la restauration des instruments mais aussi le travail réalisé depuis 2001 par l’Union nationale de la facture instrumentale (Unfi) sur les bois de lutherie. Destinées aux luthiers et archetiers, ces rencontres professionnelles rassemblent aujourd’hui des membres de l’Aladfi et du Glaaf autour de problématiques communes et essentielles pour l’avenir du secteur. | | [ < ]
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 Les écoles nationales françaises : fiches d'identité
[ + ] Institut technologique européen des métiers de la musique - Le Mans
[ + ] École nationale de lutherie - Mirecourt
[ + ] Centre national de formation d'apprentis facteurs d'orgues - Eschau
À ces centres nationaux, il convient d’ajouter les INJA, instituts
de jeunes aveugles qui préparent au métier d’accordeur de piano (en savoir plus : www.inja.fr) ; ainsi que le lycée du Pays d’Orbs
à Bédarieux qui forme au CAP de réparateur et au BMA
de technicien en facture instrumentale option guitare (en savoir plus : www.lyceepaysdorb.com).

 Références bibliographiques
Institut technologique européen des métiers de la musique, regards croisés sur une école pas comme les autres . Jérôme Monsimier, chargé des relations professionnelles et culturelles, Itemm, Le Mans - Barbara Guicheteau, journaliste. Article paru dans musique & technique n°4 - 2009.
Regard sur la facture d’orgues - Entrevue avec Michaël Walther, professeur du Centre National de Formation d’Apprentis de facture d’orgues à Eschau (67) - Barbara Guicheteau, journaliste. Article paru dans musique & technique n°2 - 2007.

 Dossiers
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